Butée selon Latarjet

Instabilité antérieure de l’épaule

Butée de Latarjet

Butée coracoïdienne selon Latarjet : l’intervention la plus fréquente en cas de luxations récidivantes de l’épaule.

Lecture : 6 min
Intervention : chirurgie ambulatoire
Récupération : 3 à 6 mois
Butée d’épaule (Illustrations : Claire Baldairon)

Anatomie & histoire de la pathologie

L’articulation de l’épaule est représentée par la tête de l’humérus, qui peut être assimilée à une portion de sphère, et la glène de la scapula (omoplate), qui est une surface presque plane. Cette articulation gléno-humérale est donc extrêmement instable.

Pour compenser ce manque de stabilité osseuse, l’articulation est renforcée par des éléments de stabilisation :

  • Le bourrelet glénoïdien (labrum)
  • La capsule articulaire (enveloppe de l’articulation)
  • Les ligaments
  • Les muscles

Lorsque se produit une luxation d’épaule, le déplacement de la tête humérale peut entraîner plusieurs types de lésions :

  • Arrachement du bourrelet glénoïdien (lésion de Bankart)
  • Distension de la capsule et des ligaments
  • Lésion osseuse : encoche ou fracture de la glène ou de l’humérus

Ces lésions sont des facteurs de risque de récidives de luxation de votre épaule.

Facteurs de risque

Certains sports (d’armé contré ou sports de contact) représentent des facteurs de risque de luxation. Plus on est jeune, plus le risque de récidive est important. Enfin, l’hyperlaxité constitutionnelle (tissus plus élastiques que la moyenne) est également un facteur de risque de récidive.

Qu’est-ce qu’une luxation gléno-humérale antérieure ?

La luxation gléno-humérale correspond à la perte de contact entre la tête de l’humérus et la glène de la scapula. L’articulation est alors luxée (« déboitée »).

Dans la majorité des cas (95 %), la luxation est dite antérieure : la tête de l’humérus passe devant la glène.

Luxation gléno-humérale
Schéma d’une luxation antérieure (en haut) et postérieure (en bas) de l’épaule (illustration : Claire Baldairon)

Le premier épisode de luxation gléno-humérale survient dans la majorité des cas suite à un traumatisme : sportif, accident de la voie publique, chute de sa hauteur…

En cas de luxations répétées, des traumatismes minimes ou des gestes du quotidien peuvent entraîner un épisode de luxation aiguë. Si l’épaule se luxe mais se réduit spontanément, on parle de subluxation.

Symptômes de l’instabilité antérieure

L’épisode de luxation peut être isolé, mais parfois il se reproduit : on parle alors d’instabilité antérieure de l’épaule. Lors du premier épisode, l’épaule est immobilisée quelques jours selon les douleurs. Lorsque l’épaule se luxe plusieurs fois, l’immobilisation est inutile car on ne peut plus espérer de cicatrisation spontanée des lésions.

L’instabilité est invalidante par trois principaux signes :

Luxations répétées

Épisodes parfois inattendus lors d’activités de la vie quotidienne, nécessitant une réduction en urgence et occasionnant des douleurs importantes.

Subluxations

Répétition d’épisodes de subluxation de l’épaule, pouvant être gênants et douloureux.

Douleurs persistantes

Au niveau de l’épaule, pendant les activités sportives ou même les activités du quotidien.

Un renforcement musculaire et une adaptation des activités peuvent éviter la survenue d’autres épisodes d’instabilité.

Risque à long terme

En cas de non-stabilisation de votre épaule, le risque principal à long terme est la survenue de l’arthrose. Une fracture de l’humérus ou de la glène de l’omoplate, un étirement nerveux (plexus brachial) peuvent également compliquer une luxation d’épaule.

Principes du traitement chirurgical

Le chirurgien vous propose une stabilisation de votre épaule par butée coracoïdienne (intervention de Latarjet) car elle est adaptée à vos lésions (confirmées à l’IRM ou l’arthroscanner), votre âge, et votre type et niveau d’activités physiques.

Bénéfices attendus de l’intervention
  • Stabiliser votre épaule
  • Prévenir les complications liées à l’instabilité (arthrose notamment)

Le principe : une butée osseuse devant la glène

Le traitement consiste à déplacer un morceau d’os appelé processus coracoïde (sur lequel se fixe une des insertions du muscle biceps), et à le refixer devant la glène afin d’obtenir une butée osseuse qui empêchera la tête humérale de passer en avant de la glène.

Cette butée est fixée par une ou deux vis. Elle est réalisée au travers d’une incision devant l’épaule de 6 cm environ.

Butée de Latarjet — étape 1 Butée de Latarjet — étape 2
Butée coracoïdienne fixée par vis devant la glène (illustrations : Claire Baldairon)

Un triple effet de stabilisation

Le tendon du biceps (tendon conjoint) et la fermeture de la capsule articulaire (capsuloplastie) permettent également d’empêcher une nouvelle luxation de votre épaule, en plus de l’effet de butée osseuse pure.

Déroulement de l’intervention

L’intervention se fait en chirurgie ambulatoire (vous rentrez à votre domicile le jour même), sauf si vous vivez seul(e) à domicile ou que l’anesthésiste le contre-indique.

Elle est réalisée sous anesthésie locorégionale (dans près de 90 % des cas) associée à une anesthésie générale. L’anesthésie locorégionale permet d’éviter les douleurs post-opératoires pendant une vingtaine d’heures après la chirurgie.

L’intervention se déroule en position légèrement assise (comme si vous étiez sur un transat). La durée est d’environ 40 minutes.

Suites de l’intervention

Voici les principaux repères de votre récupération :

Pansements
2× par semaine
À refaire par un(e) infirmier(e) à domicile, et si besoin (imbibé ou décollé).
Immobilisation
2 semaines
Attelle « coude au corps », avec mobilisation prudente possible. Attelle ôtable pour la douche, les repas et l’habillage.
Rééducation
3 à 6 mois
Auto-rééducation immédiate à domicile + kinésithérapeute si besoin.
Arrêt de travail
1 à 3 mois
Selon votre profession.
Reprise de la conduite
3-4 semaines
Après autorisation médicale et selon votre récupération.
Sport / activités physiques
3 à 6 mois
Reprise progressive et encadrée par le kinésithérapeute : course à pied 4 semaines, renforcement musculaire dès le 2eme mois, sports de contacts/lancer après 3 mois.
Suivi post-opératoire

Vous revoyez le chirurgien quelques semaines après le geste chirurgical pour évaluer la consolidation de la butée et adapter la rééducation.

Risques liés à l’intervention

En dehors des risques liés à l’anesthésie, il existe quelques risques spécifiques à ce type de chirurgie. Cliquez sur chaque item pour en savoir plus.

Le risque de récidive est inférieur à 5 %. Il peut être majoré en cas d’épilepsie mal contrôlée, d’une hyperlaxité congénitale, ou de lésions osseuses importantes sur la glène et sur la tête de l’humérus.

Peut amener dans de rares cas à une deuxième intervention pour refaire une butée ou ôter les vis.

Enraidissement et douleur de l’épaule. Cette complication ralentit la guérison de façon importante, même si l’issue est le plus souvent favorable. Le délai de guérison peut alors être de 12 à 18 mois. On ne sait pas exactement d’où provient cette pathologie.

Risque faible mais toujours présent (environ 2 %), qui peut nécessiter une reprise chirurgicale et un traitement antibiotique prolongé.

Risque rare, en règle générale spontanément résolutif sans séquelle.

Rares, et surtout aléatoires selon les individus.

Rares lors d’une stabilisation de l’épaule.

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